Le Kaytaal’Sokaan, l’Empire des masques

Depuis la Grande translation des Cinq Rhunat, en 11 089ci, la civilisation Saadrah a connue bien des transformations, frôlant plus que n’importe quelle autre culture une extinction totale. Le Kaytaal’Sokaan est un creuset où les Invocateurs tentent d’apprendre de leurs erreurs passées, tout en conservant des traditions plusieurs fois millénaires. Les sept Maisons-sorcières règnent toujours, mais ont appris à bien moins requérir l’aide des démons de Drenegg-Karse, jadis alliés, désormais perçus comme de dangereux ennemis. Les Millénaires primordiaux ont également amenés leur lot de bouleversements, et de nombreuses communautés sont depuis lors formées de Génasi et autre métisses élémentaires.

L’Empire des masques reste cependant une terrible magiocratie, où les secrets des Sorciers sont toujours bien vivaces, et où bon nombre de mages viennent en pèlerinage afin de s’initier aux dangereux rituels de l’Empire des Soixante Sphères.

La Sphère de Tyaleerth-Knalaath est un orbe noir baignant au milieu d’une région où la Foudre et le Vide prédominent. Ceux qui empruntent les voies tumultueuses du Phlogiston risquent gros en approchant de cette Sphère de cristal, car si les éclairs de foudre peuvent briser les coques les plus solides, ce sont les éclairs de néant qui représentent le plus grand danger. Les Saadrah ne s’aventurent guère dans un tel environnement, mais ils ont conscience de la relative sécurité que leur offre ce milieu hautement hostile à la Vie.

La face intérieure de la Sphère de cristal est recouverte par un vaste océan pétrifié dans de sombres glaces durant une bonne partie de l’année, mais redevenant liquide le temps de ce que les Saadrah nomment la Saison de la Souffrance froide. L’Océan extérieur est le domaine de monstres colossaux, les Shorgorym, qui migrent de temps à autre vers les lunes Saadrah afin d’y provoquer chaos et destruction. Face à un tel fléau, tous les peuples vassaux des Maisons-sorcières se savent engager dans une guerre éternelle, et d’importantes ressources sont sacrifiées afin d’assurer la défense des domaines les plus fragiles.

Le système de Tyaleerth-Knalaath se compose de deux planètes liquides, en orbite autour de Kaytaal, un énorme soleil couleur émeraude, dont le rayonnement favorise grandement la sorcellerie Saadrah. Le monde de Tyaleerth est pris dans une tempête éternelle, et sa surface est le domaine des Gobelins Shanko, qui se regroupent en communautés insulaires nombreuses. Un chapelet de douze lunes telluriques est pour sa part occupé par six peuplades vassales des Maisons-sorcières depuis plusieurs dizaines de millénaires, ce sont les Masques-gardiens, qui forment l’essentiel de la force militaire du Kaytaal’Sokaan. Plus proche du soleil vert, le monde de Knalaath est un vaste océan aux eaux peu profondes, bénéficiant d’un climat très doux. La planète fut offerte en tant que havre à plusieurs seigneurs primordiaux, alliés des Saadrah, qui pour leur part vivent dans un chapelet de onze lunes dont une moitié également à l’état liquide.

Mais l’Empire des masques ne se limite pas au système de Tyaleerth-Knalaath. Les Saadrah et leurs vassaux ont en effet étendus discrètement leur civilisation à travers bien des régions du Phlogiston, employant la Langue de Meltzekker pour en faire un réseau sans précédent d’Anneaux de Translation, touchant ainsi l’ancien Haut-Runath, également nommé Runatha, dans la Sphère connue de Saahmsaan. Là, les Maisons-sorcières furent durement touchées par le Raz-de-marée Neshphandorien, et rebâtissent avec difficulté les fondements de leur nouveau sanctuaire secret. La Sphère oubliée d’Oss-Kyessat a également été annexée par le Kaytaal’Sokaan qui puise dans le vortex d’énergie négative tenant lieu de soleil de quoi forger de terribles reliques, en prévision d’une conquête totale de cette région.

Les Saadrah sont les héritiers des rituels Clydön, lorsque l’empire de ces derniers se tourna vers l’adoration des Baatezu. Doués pour manipuler les énergies magiques, les premiers Saadrah asservis par leurs conquérants furent initiés à la conjuration démoniaque et devinrent les Invocateurs. Leurs sept Maisons-sorcières étaient alors neuf, mais le Grand soulèvement des peuples plus jeunes amena la ruine sur deux d’entre elles. Il s’agit de lignées anciennes, étroitement liées à des pactes avec des entités infernales, mais dont les descendants actuels se sont finalement affranchis.

Les actuelles sept Maisons-sorcières saadrah ont subies de profondes transformations depuis leur arrivée dans les Orbes impériaux, et même si leur organisation interne n’évolue guère, les pratiques magiques façonnant l’Empire des masques sont très différentes de celles des ancêtres jadis vassaux des Sorciers. Plus que chez n’importe quelle autre culture liée aux Vestiges Rhunat, la société Saadrah s’est vue affectée par les Millénaires Primordiaux, qui ont permis aux Maisons-sorcières de s’éloigner des seigneurs de Drenegg-Karse. Et tandis que la magie élémentaire liée aux perles Sahuaaj déclinait, les Exaali de l’époque étudièrent une voie nouvelle, combinant les connaissances infernales aux forces élémentaires. La magie des masques devint l’apanage des Saadrah.

Si les Maisons-sorcières rassemblent l’essentiel de la population Saadrah, elles sont composées de familles aux puissants lignages, mais pouvant tomber en disgrâce, ou tout simplement décliner. Une Maison-sorcière regroupe traditionnellement deux grandes familles, entourée d’une pléthore d’autres lignages mineurs. La nature même des Saadrah les poussent à la confrontation entre eux, leurs Maisons-sorcières étant en effet sous l’autorité d’un unique Exaali. Traditionnellement, ce seigneur, qu’il soit mâle ou femelle, s’entoure de conseillers liés à la seconde des grandes familles. Ces individus s’assurent de faire respecter les décisions de leur maître, mais peuvent également les contester au sein d’un conseil, le Naytaal. Ce sont également eux qui désignent les Nexaal, des sorciers puissants en charge de cités ou devant mener des cabales étudiant des forces ou des êtres précis. L’autorité d’un Nexaal peut être contestée, mais si sa responsabilité engage l’avenir de la Maison-sorcière, il peut recevoir le soutien du Naytaal, voir de l’Exaali en personne. De même, si l’ambition individuelle est encouragée à l’extrême dans la culture Saadrah, tous les litiges se règlent via le Naytaal, qui se voit chargé d’organiser procès et duels mystiques. Ce corpus de lois ne s’applique cependant qu’aux lignages Saadrah, des vassaux impliqués dans les affaires de leurs maîtres étant sommairement exécutés, à la convenance du Saadrah lésé.

Chaque famille d’une même Maison-sorcière possède des traditions communes, qui sont transmises aux jeunes générations. La procréation était jadis une affaire également très codifiée, supervisée par une caste de sorcières veillant à la pureté du sang Saadrah, mais avec une population de plus en plus réduite, les maisons se sont finalement montrées plus laxistes et autorisent des individus de familles différentes à procréer. Cette nouvelle coutume s’arrête cependant aux limites de la Maison-sorcière, et uniquement entre Saadrah possédant un pouvoir magique au moins équivalent. Les enfants sont éduqués ensembles par une cabale dont le potentiel mystique des membres s’est avéré décevant. Ils éduquent les jeunes générations dans les coutumes et traditions de la Maison-sorcière, puis passent le relais aux sorciers des familles.

Toutes les tâches subalternes sont laissées à des serviteurs, et il est rare que les Saadrah éprouvent une quelconque forme d’empathie pour ces vassaux, pratiquement invisibles à leurs yeux, car sans réelle capacité pour manipuler les forces magiques. Les Maisons-sorcières ne pratiquent cependant pas l’esclavagisme, elles offrent le plus souvent des contrats de servitude, et laissent leurs intendants en charge de toutes les affaires liées à leurs servants. Il en va également ainsi du commerce et des métiers des armes, qui n’intéressent pas du tout les Saadrah. Chaque famille dispose de son intendant, le Paalaan, qui à l’autorité suffisante pour se faire obéir des serviteurs, et gère les affaires familiales. Un Paalaan doit cependant composer avec le Naalaan, responsable du négoce des ressources de la famille, et un Kaalaan, le chef militaire. Hormis éventuellement l’Exaali et les membres du Naytaal, il apparaît clairement que les Saadrah n’ont aucune notion de valeur, tant matérielle qu’individuelle. Certains individus retors profitent fréquemment de cette ignorance pour s’enrichir et devenir de puissants individus à travers les Orbes impériaux. Mais duper les Maisons-sorcières reste malgré tout un jeu risqué, amenant au mieux une mort rapide de tous les membres du lignage de l’individu, au pire une très lente agonie. Ces trois positions vassales sont également soumises au prestige de la famille qu’elles servent. Le Kaalaan en charge de l’armée de la maison d’un Exaali dispose bien entendu de ressources conséquentes, afin d’assurer le prestige de son maître sur le champ de bataille. Ces titres ne sont pas en vigueur parmi toutes les familles Saadrah, la culture du Kaytaal’Sokaan encourage en effet le développement des arts mystiques, et la guerre ou le négoce peuvent parfois être perçues comme des entreprises bien trop dégradantes, et des profits sont alors fait par ces biais uniquement via de nombreux intermédiaires.

De fait, l’Empire des masques ne possède pas véritablement de monnaie, non plus qu’elle ne possède d’armée arborant sa bannière. Pour un domaine où plusieurs Maisons-sorcières se partagent le pouvoir, un conseil formé des différents Naytaal est constitué. Ce Baytaal a pour charge de regrouper toutes les ressources nécessaires afin d’assurer la prospérité de tous les Saadrah. Par souci de commodité, un intendant est nommé pour servir ce conseil élargi, et depuis peu, Naalaan et Kaalaan sont également appointés. Vu de l’extérieur, le Kaytaal’Sokaan est sur le déclin, et les armées des vassaux n’ont jamais autant été sollicités que ces dernières années. Les Saadrah consacrent néanmoins leurs efforts à de grands projets impliquant toutes les Maisons-sorcières, et les différents Baytaal concentrent toutes les aspirations de ce peuple redoutable.

Véritables maîtres de la Langue de Meltzekker, les Saadrah ont appris à user des Anneaux de Translation afin de rallier de lointains systèmes. Ils passent aux yeux des autres peuples des Orbes impériaux pour une espèce en voie d’extinction, encore redoutable, mais incapable de participer aux grands projets de conquête proposés par le Haut-Cercle Rhunat. Nul ne se doute que les Invocateurs sont déjà bien infiltrés à travers les Sphères Connues, et que leur force véritable reste encore dissimulée.

Les sept Maisons-sorcières

La plus ancienne Maison Saadrah est celle des Kyosaal-Naarii, qui fait remonter ses origines à l’apogée de l’empire Kyosaal, dans l’actuelle Sphère de Janestuur. Maîtres d’une forme de cryomancie dont les pouvoirs se transmettent de manière héréditaire, les Kyosaal-Naarii limitèrent toujours leurs interactions avec les entités démoniaques, et furent les premiers à invoquer de sombres esprits élémentaires. On leur prête quelques accointances avec les mystérieuses Puissances connues sous le nom des Cent-mille Salins, sans que leur relation ne soit clairement définie.

Pour sa part, la Maison de Karsaan-Kaluu conserve toujours ses pratiques d’invocations démoniaques, et jamais ses pactes avec les karséens n’ont été aussi nombreux. Sous la férule de l’Exaali Nyreth-Baln-Karsaan (Saadrah / Sorcier saadrah 21/ NM), la Maison limite sciemment l’usage de la magie des masques, et préfère suivre les anciennes traditions remontant à l’Âge des Conquérants.

La Maison-sorcière Agreelm-Naalraa est connue pour ses pactes élémentaires liés aux Trombes, une mystérieuse dimension faite d’Eau et de violence. Particulièrement agressifs, les sorciers de cette antique lignée sont souvent considérés comme le bras armé de la caste régnant sur le Kaytaal’Sokaan. L’Exaali Bryth-Nayat-Agreelm (Saadrah ♂/ Sorcier saadrah 19/NM) est connu pour la horde d’élémentaires qu’il peut invoquer et que ses ennemis connaissent sous le nom de la Pluie vengeresse d’Agreelm. Une invocation cataclysmique en mesure d’altérer le climat d’un monde.

Ekyeln-Paaraan est le nom de la Maison-sorcière ayant instaurée la tradition des masques dans la culture Saadrah, et se veut la garante des nouvelles coutumes mystiques. Si la famille Ekyeln favorise la fusion entre magie des masques et pactes infernaux avec les démons de Drenegg-Karse, leur pendant de la famille Paaraan explorent la voie des masques sans l’aide de telles créatures, mais cependant avec le concours de mystérieuses entités, les Kaytarii, qui règneraient sur une dimension entière.

Les Tuhaad-Draniil forment une autre Maison-sorcière suivant les préceptes mystiques de la magie des masques. Souvent considérés comme des vassaux des Ekyeln-Paaraan, les membres de cette maison développent en secret de puissants rituels et ont leurs propres pactes avec les karséens. Très actifs au sein du Kaytaal’Sokaan, leur nombre important compense le peu de puissants sorciers dans leurs rangs.

La Maison-sorcière Valkaaj-Kaniil suit également la voie des masques, et ses plus prestigieux représentants, comme la Nexaal Rindil-Piajaan-Kaniil (Saadrah ♀/ Sorcière saadrah 15/ NM), servent fréquemment d’émissaires face aux délégations des autres Vestiges Rhunat. Les sorciers de cette maison manipulent l’énergie primordiale de l’Eau, et possèdent de nombreux dons élémentaires qu’ils renforcent d’une génération à l’autre, par des unions propres à leurs familles.

Enfin, la plus jeune des Maisons-sorcières Saadrah, celle des Magraal-Tyaruu, est connue pour être liée depuis longtemps avec les entités d’Oon’shaadh. Pratiquant la magie des masques, cette maison s’est relevée plusieurs fois de ses cendres, et l’Exaali Oon-Kyataal-Tyaruu (Saadrah ♂/ Sorcier saadrah 28/ LM) en assure la protection, après avoir adopté une forme non-morte cinq siècles plus tôt. Il se dit que les membres de la famille Tyaruu sont tous de redoutables spectres d’ombre, et que seuls les Magraal conservent une enveloppe mortelle.

Knalaath, l’Océan sans fond

Sphère de cristal : Tyaleerth-Knalaath

Type de monde : Sphérique liquide

Taille : E (diamètre équatorial de 7 824km)

Rotation : 42 heures

Révolution : 847 jours

Lunes : Araaln, Nelkker, Sokaan, Malkkiner

Population : 58 972 Marid Kajnaa, 38 649 Rayamatii, 2 000 Saadrah

Trame magique : Alkeon resserrée, magie profane dominante

Bien que son surnom puisse sembler inapproprié, au vue des eaux translucides offrant une vue sur des massifs coralliens multicolores, Knalaath est un monde liquide dont les tréfonds sont formés de nombreux vortex planaires. Le noyau planétaire lui-même est une sphère de matière spongieuse, exhalant régulièrement des vapeurs sous-marines contribuant à faire évoluer les nombreuses espèces composant la faune de ce monde. Les Maisons-sorcières ont depuis longtemps cédées ce monde à leurs alliés élémentaires, qui usent de l’Océan sans fond comme d’une croisée planaire au cœur du Plan Matériel Primaire. La présence de près de soixante milliers de Marid Kajnaa a profondément altérée climat et trame planétaire, faisant naître de nombreuses espèces nouvelles.

Bien que les conditions de vie sur Knalaath soient particulièrement clémentes, le monde est un domaine élémentaire, où de rares Saadrah sont parfois conviés. Les énergies qui s’accumulent dans cette région du système de Tyaleerth-Knalaath restent suffisamment inquiétantes pour dissuader les éventuelles invasions.

Ports d’accueil : La planète elle-même ne possède pas de port spatial. Les Marid Kajnaa n’ont aucun intérêt à côtoyer l’Espace sauvage et ses peuples étranges. Les Saadrah qui souhaitent s’établir sur Knalaath amerrissent là où ils le souhaitent, puis vaquent à leurs occupations. Il n’existe pas de masses terrestres émergées sur ce monde, mais certaines régions voient d’énormes massifs coralliens affleurer sous les vagues. Ce sont généralement les plus hauts degrés de palais Kajnaa, qui s’étendent le long de courants sous-marins verticaux, menant le plus souvent à d’impressionnants vortex primordiaux.

Hormis les Saadrah, nul peuple des Orbes impériaux ne vient sur Knalaath, et le commerce à la surface reste donc inexistant. Il en va tout autrement des Cavernes aux perles, de grandes cavernes où les vassaux des Marid viennent échanger connaissances et biens originaires de nombreuses réalités. Au tout début des pactes entre Maisons-sorcières et seigneurs de l’Eau, les Saadrah pouvaient encore manipuler les puissantes perles Sahuaaj, et restaient ainsi des alliés puissants, invités dans toutes les Cavernes aux perles. Avec le temps et un retour vers des formes de magie plus traditionnelles pour la culture des Vestiges Rhunat, bien peu de sorciers accomplissent désormais le dangereux périple à travers l’Océan sans fond.

Ressources : Pour les habitants du Kaytaal’Sokaan, la planète offre essentiellement un soutien magique aux différents Baytaal lunaires. Les Marid et leurs vassaux ne s’aventurant jamais au-delà de la surface de leur monde, leur existence est parfois considérée comme légendaire.

Cultures : La culture Kajnaa est particulièrement méconnue des Saadrah, qui préfèrent ne pas s’impliquer dans les conflits planaires opposant les Marid à leurs ennemis. Knalaath est ainsi considéré comme un monde sauvage, inaccessible, et même pour les Kajnaa, la planète est surtout un lieu commode pour rencontrer des vassaux natifs du Plan Matériel Primaire. Le Sha Pishwar ibn Bawjat est le maître absolu d’un vaste empire planaire, dont le monde de Knalaath n’est qu’une minuscule province sans grand intérêt. Les Maisons-sorcières savent que leurs puissants alliés appartiennent au Pajjat’Amh’Thulear, l’Empire des Océans bouillonnants.

Sites notables : Knalaath est un monde transformé par la présence des Marid. Les énergies planaires se concentrent pour magnifier la trame magique Alkeon, et certains sages nomment la planète du nom de Croisée océanique.

Le Grand vortex est un phénomène planaire connu à travers tout le Pajjat’Amh’Thulear comme une forme de vie élémentaire et primitive. Les Marid Kajnaa ont apprivoisés la créature planaire et peuvent la traverser pour se rendre en n’importe quel lieu liquide du Multivers. Pour d’éventuels voyageurs qui chercheraient à emprunter ce passage, il faut prévoir de puissantes protections, car le Grand vortex n’est qu’un ensemble apparemment infini de cataractes martelant ceux qui osent braver son éternelle fureur.

Araaln

L’hémisphère austral de cette petite lune baignant presque dans l’atmosphère de Knalaath est un océan où prolifèrent de nombreuses formes de vie planaires. Véritable soupe primordiale, toxique pour de nombreuses espèces, cette masse liquide est imprégnée par les énergies de Drenegg-Karse, par le biais de malfosses sous-marines béantes. Une énorme masse rocheuse occupe l’autre hémisphère, offrant plaines et montagnes riches en minerais courants. Le climat est froid et sec, avec des vents soufflant du nord au sud. D’importantes communautés se sont établies depuis l’arrivée des Saadrah dans le système de Tyaleerth-Knalaath, et la petite lune reste un haut lieu de pouvoir.

Les sept Maisons-sorcières Saadrah se rassemblent régulièrement sur cet astre, de même que le Naytaal, qui dispose de sa propre cité, défendue par une flotte Sokaari en rotation constante entre les sept tribus de la lune océanique de Sokaan. Araaln est connue des voyageurs comme un creuset où des milliers de générations de Saadrah ont laissés le témoignage de leur époque. L’hémisphère septentrional est ainsi traversé par des routes, dont les chaussées sont agrémentées de statues démoniaques, de tunnels à partir desquels rayonnent les cavernes formant de sinistres nécropoles, ou encore de grands lacs en altitude, vestiges d’une époque lointaine durant laquelle tous les Vestiges Rhunat collaborèrent. Les grandes cités Saadrah rivalisent toujours pour en imposer aux autres, la culture des masques se déclinent ainsi en toutes les tendances connues, et le contrôle de ces métropoles est un fréquent sujet de discorde entre représentants des Maisons-sorcières.

Le sage ayant étudié la culture millénaire des Saadrah s’attend souvent à découvrir une capitale secrète du Kaytaal’Sokaan en ce lieu, et les habitants de chacune des cités majeures désigneront la leurs comme telle, mais en vérité, la société Saadrah apparaît ici clairement formée de cités-Etats liées par le sang et les intrigues des Maisons-sorcières, puis vaguement par l’autorité du Naytaal, en ce qui concerne les affaires mineures.

De nombreuses ruines côtières forment une couronne de cités dévastées bordant l’Océan raalnéen, duquel émergent régulièrement des entités combinant traits élémentaires et démoniaques. Bien des sorciers viennent se mesurer à ces créatures redoutables, certains parviennent parfois à en domestiquer, mais la plupart du temps, de telles rencontrent s’achèvent par de nouvelles dévastations. Il arrive également de croiser des ermites, exclusivement des Saadrah, qui semblent plus volontiers épargnés par certaines entités océaniques, bien que leur esprit soit invariablement brisé. Plus rarement encore, les rescapés de familles déchues, rassemblées dans les ruines d’un antique sanctuaire. La vie subsiste donc le long des côtes, mais le voyageur est averti que ces êtres instables peuvent se montrer bien plus dangereux que les horreurs émergeant des profondeurs raalnéennes.

Avec le temps, Araaln est devenue un lieu de rencontre entre Saadrah et vassaux. La dizaine de métropoles anciennes sont peuplées essentiellement par des peuplades ayant suivies les Invocateurs dans leur périple à travers les Orbes impériaux, intendants et chefs tribaux se rencontrent au milieu des grands marchés couverts, et les négociants émergeant de la Langue de Meltzekker connaissent bien cette lune, au cœur du Kaytaal’Sokaan, et pourtant considérée comme une enclave marchande où la magie peut se troquer contre la connaissance.

Nelkker

Bien que son importance au sein de l’Empire des masques soit toute relative, la petite lune rocheuse de Nelkker est souvent considérée comme la capitale du Kaytaal’Sokaan. Cette erreur est sûrement liée au fait que la grande métropole de Nelkkizaal est connue pour ses forges mystiques, où sont façonnés la majorité des masques employés par les sorciers Saadrah. La Maison-sorcière Ekyeln-Paaraan règne sans partage sur les grandes étendues arides, mais dont les sous-sols regorgent de minerais précieux. De hautes montagnes polaires renferment également de grands ensembles de cavernes où une flore résistante s’est développée.

La lune n’a pas une importance stratégique évidente, mais reste un lieu majeur de la culture des masques. Le territoire est partagé en deux grands domaines très différents, avec comme seul opportunité d’échanges cordiaux la cité de Nelkkizaal. L’hémisphère septentrional est ainsi sous le contrôle de la famille Ekyeln, qui se regroupe dans la métropole souterraine de Pelkeen, où sont entretenues les flammes infernales de trois profondes malfosses karséennes. La Naytaal Yrnatia-Terguu-Ekyeln (Saadrah ♂/ Sorcière saadrah 14/NM) règne sur la sombre cité, où les serviteurs sont sacrifiés aux démons de la Perdition éternelle, en échange de pouvoirs imprégnant des minerais qui sont transformés en alliages destinés aux masques familiaux. Huit lignées mineures occupent également Pelkeen, qui s’avère être la plus importante métropole du domaine.

L’hémisphère austral est pour sa part sous le contrôle de la famille Paaraan, menée d’une poigne de fer par l’Exaali Antuu-Terguu-Paaraan (Saadrah ♂/ Sorcier saadrah 20/NM), Celui aux mille masques, qui est connu pour être particulièrement prosélyte lorsqu’il s’agit de forger de nouveaux pactes avec les Kaytarii. Maître de la cité lacustre de Paadaak, il s’appuie autant sur son cercle réduit de Naytaal que sur son Kaalaan, Nadjuu, un mystérieux Génasi porteur d’un masque d’ivoire et maniant une arme faite d’eau. A la tête d’une armée de trois mille combattants, il s’agit là de la plus grande force militaire au service d’une Maison-sorcière, et le territoire lunaire s’avère être un vaste champ de manœuvres.

Les montagnes australes sont frappées d’interdit par la famille Paaraan, qui mobilise de nombreux sorciers, ainsi que ses vassaux, afin d’empêcher l’accès de cette région à quiconque n’arbore pas son lignage. Il se dit que les grandes cavernes sous les plus hautes cimes abritent des cités sous le contrôle des Kaytarii, les alliés planaires de la famille, assurant à cette dernière son ascendant sur les autres Saadrah, grâce à des masques aux pouvoirs surprenants, et à des rituels particulièrement hermétiques. Pour beaucoup, ce lien avec une peuplade planaire aux visées mal connues est aussi dangereux que pactiser avec les seigneurs des karséens. La famille Paaraan reste cependant suffisamment puissante pour que son Baytaal impose ses vues à ce sujet.

Dans un tel contexte de tensions et d’intrigues incessantes entre familles de la même maison, la cité de Nelkkizaal tient lieu de place neutre, où siège le conseil Naytaal des Ekyeln-Paaraan. Bien que leur loyauté envers l’Exaali Antuu-Terguu-Paaraan soit totale, ce dernier a compris qu’il devait laisser ses conseillers disposer d’une once de pouvoir. La métropole est donc une place où les sorciers de la Maison-sorcière peuvent échanger et favoriser leurs propres affaires. Le Naalaan de la maison, Piorg-Pargu (Neciruu ♂/ Négociant des Sphères 12/ LN) est également le porte-parole de son peuple, les Neciruu, vassaux des Saadrah depuis des millénaires, et dont la principale communauté se trouve dans la cité. Puissant marchand à la renommée s’étendant à travers tout de Kaytaal’Sokaan, Piorg-Pargu dispose d’une flottille marchande de seize navires, et une véritable armée de négociants et de roublards. Bien qu’il soit loyal envers la Maison-sorcière, son efficacité amène une grande prospérité et attire toutes les attentions sur lui. Sa position reste fragile, mais protégée par les Naytaal qui sont les premiers à profiter des richesses amenées par Piorg-Pargu au sein d’un grand zocalo.

La métropole produit des masques, forgés dans des alliages lunaires et enchantés par les sorciers de la Maison-sorcière. Ce commerce échappe bien entendu au Naalaan, et reste limité. Les masques Ekyeln-Paaraan sont très recherchés, et de nombreux Saadrah viennent de tout le système afin d’en acquérir un, souvent en échange d’objets magiques ou de services.

Sokaan

La lune liquide de Sokaan est le domaine d’un peuple vassal des Saadrah. Maîtres d’un vaste empire planaire prenant source dans les anciens Domaines Reigar, les Sokaari qui règnent sur cet astre sont les descendants d’arpenteurs éthériques qui s’égarèrent entre les réalités, pour finir par tomber sous la coupe des Invocateurs. Depuis lors, les Sokaari servent d’une génération à l’autre, conservant farouchement une certaine indépendance.

Sokaan est un océan aux eaux froides, régulièrement balayé par de violentes tempêtes. Des pluies d’éclairs s’abattent également sur de vastes régions, rendant la navigation dangereuse. Les Sokaari vivent à bord de gros porteurs armés, capables de s’arracher des flots pour s’aventurer dans l’Espace sauvage. Ils représentent une force militaire conséquente, essentielle pour le Kaytaal’Sokaan. Sept tribus sillonnent ainsi les étendues marines et se mobilisent à l’appel des Maisons-sorcières, et plus particulièrement des Kaalaan, avec qui les redoutables guerriers entretiennent des liens d’amitié et de respect. Contrairement aux autres vassaux des Saadrah, les tribus Sokaari ne sont pas liées à une maison, mais agissent à partir de contrats pour une campagne militaire. Toutes les tribus peuvent ainsi être mobilisées par un même Kaytaal, par un Baytaal, ou servir des Maisons-sorcières rivales. Les Sokaari ne s’affrontent pas entre eux et préfèrent généralement limiter leurs déploiements à travers le système Tyaleerth-Knalaath.

De leurs lointaines origines, les Sokaari conservent des pouvoirs élémentaires liés aux forces de la lune qu’ils occupent, mais leur principale capacité reste encore une très haute résistance à la magie profane, qu’ils peuvent dissiper, et pour certains, renvoyer à leur expéditeur. Les Saadrah redoutent clairement la puissance de ces vassaux redoutables, mais savent depuis longtemps manipuler le So’laat, le code d’honneur des Sokaari.

Les tribus Sokaari sont dirigées par le plus fort représentant de leur lignée élémentaire, le So’naak. Les traditions guerrières ont depuis longtemps supplantées les anciennes formes de magie élémentaire que pratiquaient les ancêtres des Sokaari, et bien des connaissances mystiques ont été perdues. Les gros porteurs de ce peuple retourné à l’océan sont propulsés par des voilures solaires assemblées en écailles d’un reptile marin qui ne se rencontre que dans les flots de Sokaan, le chagnaark. Hautement résistantes aux chocs, les voiles Sokaari peuvent également servir de défense face à des attaques physiques. Elles sont assemblées par des générations de jeunes matelots, qui contribuent ainsi à la gloire de leur vaisseau.

Mâles et femelles peuvent prétendre à n’importe quelle fonction au sein de la tribu, il n’est d’ailleurs pas rare de voir de redoutables guerriers consacrer leur temps libre à éduquer les jeunes, élevés en commun. Cela est parfois source de moquerie de la part d’ignorants, qui réalisent trop tard que ces enfants deviennent très tôt de redoutables combattants, disposant d’un large panel de compétences. Bien que traditionnellement les pouvoirs tribaux étaient jadis l’apanage d’une caste descendant des mages Sokaari, les jeunes générations voient ces capacités se répandre aléatoirement, bien qu’elles se diluent également pour n’être parfois plus que l’ombre des prodiges d’antan.

Le vocable Sokaan appliqué à l’astre des Sokaari n’est pas le même que celui couramment en usage parmi les Saadrah. Pour les natifs de la petite lune, Sokaan est un nom donné par leurs ancêtres en l’honneur de leur monde natal, loin dans les anciens Domaines Reigar, sa signification première est perdue, mais les tribus désignent du terme de So’kaan un prophète devant les guider vers le monde originel, loin des Saadrah et de leurs éternelles manigances.

Malkkiner

Sur la même orbite qu’une douzaine de débris glacés, la lune-océan de Malkkiner est le domaine séculaire des Rayamatii, de grands cétacés nés au sein du Plan primordial de l’Eau évoluant indifféremment entre leur réalité natale et les profondeurs froides de ce domaine autour de Knalaath. Leur capacité à ouvrir des vortex éphémères en fait des alliés de choix pour les Maisons-sorcières Saadrah, en particulier celles ayant décidées de perpétuer les traditions nées durant les Millénaires Primordiaux.

Dissimulé sous une épaisse couche nuageuse régulièrement balayée par des tempêtes, l’océan de Malkkiner est pris dans une tourmente engendrant de hautes vagues faisant le tour du monde de manière cyclique, rendant ainsi toute navigation à sa surface hautement hasardeuse. Même les puissants Rayamatii ne se risquent que rarement à la surface de leur domaine aquatique, dont les profondeurs se composent de hauts plateaux rocheux recouvrant un noyau en fusion crachant sporadiquement des jets de magma.

La famille Kapraan, affiliée à la Maison-sorcière Valkaaj-Kaniil, maintien plusieurs sanctuaires dimensionnels au sein de l’océan. Bien qu’il soit difficile d’u accéder, la soixantaine de sorciers et sorcières de cette famille forment un pouvoir important au sein de la maison. Interlocuteurs privilégiés des Rayamatii, ils arborent des masques fait de nacre et renforçant leur maîtrise de l’Eau. Bien qu’ils soient toujours considérés comme des invocateurs Saadrah suivant les traditions de leur peuple, les Kapraan méprisent ouvertement les pactes karséens, et tentent de donner une nouvelle vision de la magie aux jeunes générations. Le Nexaal Ectaa-Namuu-Kapraan (Saadrah ♂/ Sorcier saadrah 12/ N) est le patriarche de la famille est un ardent défenseur des traditions élémentaires saadrah. Les sanctuaires familiaux sont des replis dimensionnels donnant sur des palais inondés, mais où il est possible de respirer sans difficulté. Il n’est pourtant pas simple de pénétrer en ces lieux, car les Kapraan sont également les derniers sorciers Saadrah à pouvoir façonner des perles Sahuaaj, un don précieux suscitant toutes les convoitises.